Guide pratique
Partage judiciaire en Alsace-Moselle : comment se déroule la procédure ?
Lorsque des ex-époux, d’anciens partenaires ou des héritiers ne parviennent pas à partager leurs biens à l’amiable, la loi prévoit un partage judiciaire. En Alsace et en Moselle, il obéit à une procédure de droit local, conduite devant un notaire désigné par le tribunal. Voici ses étapes et les points d’attention.
En bref
- Dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle, le partage judiciaire suit la loi du 1er juin 1924 (articles 220 et suivants), et non la procédure applicable dans le reste de la France.
- Le tribunal judiciaire désigne un notaire, devant lequel se déroulent les opérations de partage.
- Les désaccords sont consignés dans un procès-verbal de difficultés, puis tranchés par le tribunal saisi par assignation.
Une procédure propre à l’Alsace-Moselle
Lors du retour de l’Alsace et de la Moselle à la France, la loi du 1er juin 1924 a maintenu dans ces trois départements une procédure de partage issue du droit allemand de 1888. Elle figure aux articles 220 et suivants de cette loi et relève de la juridiction gracieuse : l’objectif est d’abord d’amener les parties à un accord devant le notaire, les points litigieux étant seuls portés devant le tribunal.
Les étapes en un coup d’œil
| Étape | Qui agit | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Requête en ouverture | Toute partie intéressée | Elle désigne les parties et les biens à partager ; un notaire peut être proposé |
| Ordonnance d’ouverture | Tribunal judiciaire | Elle désigne le notaire et peut ordonner un inventaire |
| Réunions de partage | Notaire commis | Convocations au moins deux semaines à l’avance ; estimation, composition des lots |
| Procès-verbal de difficultés | Notaire commis | Les désaccords sont renvoyés au tribunal, saisi par assignation |
| Acte de partage | Notaire, puis tribunal | Homologation, puis inscription des attributions au livre foncier |
L’ouverture de la procédure
Chaque partie intéressée — ex-époux, ex-partenaire, cohéritier — peut demander l’ouverture du partage au tribunal judiciaire (article 221). La requête identifie les parties et les biens à partager. Les autres parties peuvent se joindre à la demande et proposer un notaire (article 222).
Le tribunal rejette la demande si elle est irrecevable ; sinon, il renvoie les parties devant le notaire qu’il désigne et peut ordonner un inventaire (article 223). Le notaire demande alors au demandeur ses justificatifs et des propositions précises : faute de réponse dans les six mois, la procédure s’éteint (article 224).
Après un divorce, l’articulation entre cette procédure et la compétence du juge aux affaires familiales pour la liquidation du régime matrimonial dépend du stade de la procédure et de la nature des désaccords : elle doit être examinée au cas par cas.
Les réunions chez le notaire
Le notaire convoque toutes les parties, avec un délai d’au moins deux semaines, et dresse procès-verbal de chaque réunion (article 225). Une partie qui ne se présente pas peut être considérée comme consentant aux opérations : l’absence n’arrête pas la procédure.
À la demande d’une partie, des experts évaluent les biens et proposent des lots (article 227). Les biens sont partagés en nature ou, lorsque le partage en nature les déprécierait, vendus : les immeubles selon les règles de vente judiciaire de la même loi (articles 228 et 230). Le notaire réunit ensuite les parties pour établir les masses, les droits de chacun et les lots, attribués au besoin par tirage au sort ; les objections doivent être soulevées avant le tirage (article 231).
En cas de désaccord : le procès-verbal de difficultés
Lorsque des désaccords subsistent — valeur d’un bien, créance entre les parties, indemnité d’occupation — le notaire les consigne dans un procès-verbal de difficultés et renvoie les parties à saisir le tribunal par voie d’assignation (article 232). Une fois ces points tranchés, les opérations reprennent devant le notaire. C’est à ce stade que le rôle de l’avocat est déterminant : c’est lui qui porte la contestation devant le tribunal.
L’acte de partage et son homologation
En l’absence de difficulté, le notaire rédige l’acte de partage et le transmet au tribunal, avec les pièces ; les parties qui n’ont pas comparu en sont informées par lettre recommandée (article 233). Le tribunal homologue l’acte si les règles ont été respectées (article 235). L’acte homologué est exécutoire et s’impose même aux parties qui n’y ont pas participé (article 236). Les attributions d’immeubles sont ensuite inscrites au livre foncier.
Les frais
Les frais du tribunal et du notaire sont supportés par la masse à partager, tandis que chaque partie garde la charge de son propre conseil (article 240). S’y ajoute le droit de partage, calculé sur l’actif net partagé : 1,1 % lorsque le partage fait suite à un divorce ou à la rupture d’un PACS, 2,5 % dans les autres cas. Le guide coût d’un divorce donne un exemple chiffré.
Nos conseils
- Réunir tôt les titres de propriété, un extrait récent du livre foncier, les relevés de prêts et des estimations des biens
- Chiffrer une proposition de partage, avec la soulte éventuelle
- Se présenter, ou se faire représenter, à chaque convocation du notaire
- Soulever toute objection avant le tirage des lots
- Garder la porte ouverte à un accord : le partage amiable reste possible à tout moment de la procédure
Questions fréquentes
Un indivisaire peut-il bloquer le partage ?
Non. Nul ne peut être contraint de rester dans l’indivision (article 815 du Code civil), et la procédure avance même si une partie ne se présente pas aux convocations du notaire. Seuls les points réellement contestés sont tranchés par le tribunal.
Peut-on encore s’entendre une fois la procédure engagée ?
Oui, à tout moment. Le notaire peut constater l’accord des parties et établir l’acte de partage correspondant, ce qui abrège d’autant la procédure.
Combien de temps dure un partage judiciaire ?
Cela dépend surtout du nombre de points contestés. Un partage sans réelle difficulté peut être réglé en quelques mois ; un désaccord porté devant le tribunal, une expertise ou une vente d’immeuble allongent nettement les délais.
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